Ressentir : je ressens... tu ressens... il/elle ressent...
Aujourd'hui, je voudrais vous parler d'un des tournants de ma vie.
J'avais 28 ans et je débutais ma thérapie : la somatanalyse (site).
Après quelques mois de séances individuelles, mon analyste m'a proposé de faire de la thérapie de groupe. N'ayant jamais entendu parlé de ce type de thérapie, je lui ai demandé de me décrire ce qui s'y passait. "Les gens partagent ce qu'ils ressentent...", m'a-t-il dit.
Je n'ai pas compris, j'étais étonnée, surprise...
Je n'avais jamais utilisé ou entendu ce mot dans ma famille : "ressentir..."
Mot d'une étrange connsonnance, sans résonnance intérieure... aucun écho en moi pour me faire comprendre son sens... que dis-je... ressentir...
Chez moi, on pensait, on argumentait, on devait, on agissait, on raisonnait, on... utilisait le mental pour tout justifier et humilier tout ce qui faisait la vulnérabilité de l'être humain.
Et alors là : on nous demandait de ressentir !
Mais le ressentir ne peux en aucun cas être justifié ou argumenté !!!!
Et d'abord, je ne savais pas comment ou ressentait...
Et le premier jour du travail de groupe, j'ai vu des femmes pleurer... Je suis restée coi... cela était incroyable pour moi.... et il me semblait que je ne pourrais jamais me laisser aller...
Et puis, la thérapie avançant, plusieurs mois plus tard, des larmes ont coulé de mon visage en séance individuelle. Mes défenses, mes barrières lâchaient imperceptiblement... je m'ouvrais tout doucement...
Mais ces larmes m'ont terrorisées, moi qui était une enfant qui ne pleurait jamais, jamais, même toute petite, à telle point que ma mère disait qu'elle se levait la nuit pour voir si j'étais encore vivante. Et au premier jour de crèche, je n'ai pas pleuré, je suis partie, silencieuse, tout semblait très bien se passer... c'était faux : je ne voulais plus manger car j'étais triste, mais je ne pleurais pas.
Alors après avoir versé mes premières larmes chez mon analyste, j'ai eu le sentiment que mon corps se désagrégeait pendant une semaine entière : toutes les cellules de mon corps tremblaient séparément les unes des autres.
Et puis lorsque j'ai rencontré Marie et que j'ai pleuré pour la première fois, je me suis cachée, tant j'avais honte et peur qu'elle m'humilie...
Et au fil du temps, je me suis réapproprié les émotions, lentement mais avec de plus en plus de sécurité pour enfin les vivre comme faisant partie de mon être.
Avant la thérapie, je disais que je "végétais", maintenant "je vis" !!!
Publicité
